| Ramzi Chamat
La Suisse, pays souvent cité pour sa stabilité économique, sa qualité de vie et son avance en matière d'infrastructures, se trouve à la croisée des chemins en ce qui concerne son secteur immobilier résidentiel. Dans un contexte mondial marqué par des changements rapides et imprévisibles, le marché suisse de la construction présente des dynamiques contrastées. Si le ralentissement de la construction est perceptible au niveau national, certaines régions, notamment Zurich, émergent comme des oasis de croissance.
Le paysage immobilier d'un pays reflète sa santé économique, sa démographie et ses politiques urbaines. En Suisse, malgré une économie solide, le secteur de la construction résidentielle montre des signes de ralentissement. Toutefois, des régions distinctes affichent une activité remarquable, offrant ainsi une image nuancée du marché. Cette analyse éclaire les tendances actuelles du marché suisse de la construction, mettant l'accent sur les variations régionales, les facteurs influençant la demande et l'offre, et les perspectives pour l'avenir.
La construction résidentielle en Suisse a toujours été un baromètre clé de la santé économique du pays. Pourtant, les récentes tendances montrent des signes inquiétants qui méritent une attention accrue.
Au cours des quatre derniers trimestres, une diminution des demandes de construction et des autorisations délivrées a été observée. Cette tendance s'est reflétée dans diverses régions du pays, indiquant une certaine réticence des investisseurs et des promoteurs à initier de nouveaux projets résidentiels.
Le troisième trimestre de 2023, en particulier, a été emblématique de cette évolution. Bien que 9 000 unités aient sollicité une autorisation de construction, un chiffre supérieur de 10% à celui de l'année précédente, cela ne signifie pas nécessairement un redressement du secteur. Pour mettre ce chiffre en perspective, il convient de considérer les niveaux d'autorisations des années antérieures. Si l'on compare les données, on s'aperçoit que malgré cette augmentation annuelle, le chiffre est bien en deçà des niveaux d'il y a deux ou trois ans.
Plusieurs raisons pourraient expliquer cette diminution des demandes. Tout d'abord, la Suisse, comme de nombreux pays, est encore en train de s'adapter aux conséquences économiques de la pandémie de COVID-19. Les incertitudes économiques ont peut-être incité les promoteurs à adopter une approche plus prudente.
En outre, les réglementations plus strictes, le coût croissant des matériaux de construction et les préoccupations environnementales pourraient également influencer cette tendance. Les autorités locales et régionales, dans leur quête d'un développement plus durable, pourraient être plus réticentes à donner le feu vert à de vastes projets résidentiels.
Cependant, il convient de noter que ce chiffre "optimiste" de 10% de croissance pourrait être dû à des circonstances spécifiques, telles que la finalisation de certains grands projets qui étaient en attente d'approbation. Ou, cela pourrait refléter des efforts pour stimuler l'économie post-pandémie en favorisant la construction.
Zurich, la capitale économique et financière de la Suisse, continue d'être un phare pour la construction résidentielle malgré les tendances nationales divergentes. Sa capacité à attirer des investissements, des entreprises internationales et des talents du monde entier a eu un impact positif sur la demande de logements et, par conséquent, sur la construction.
L'agglomération zurichoise se démarque particulièrement par son dynamisme. En un temps relativement court, elle a enregistré une expansion remarquable de plus de 1% de son parc immobilier. Cette croissance n'est pas seulement due à la densité de sa population ou à son statut de centre économique, mais aussi à des politiques d'urbanisme progressistes et à une volonté d'innover dans le domaine de la construction.
Des régions périphériques de Zurich, comme Knonaueramt et Freiamt, se sont également distinguées. Ces zones, bien qu'un peu éloignées du centre-ville effervescent, ont bénéficié d'un engouement particulier, obtenant des autorisations pour une augmentation impressionnante de plus de 2% de leur parc immobilier. Cela pourrait être attribué à une combinaison de facteurs : des prix du terrain relativement plus abordables, une proximité avec la nature, et la mise en place d'infrastructures de transport modernes facilitant les déplacements vers le centre de Zurich.
En contraste, si l'on examine la Suisse romande, Lausanne mène la danse en matière de construction résidentielle. La ville, avec sa proximité du lac Léman et ses institutions internationales, continue de séduire de nombreux résidents. Cependant, des villes comme Genève et Bâle, bien qu'elles soient également des pôles économiques importants, ont enregistré un ralentissement notable. Cela pourrait être dû à une combinaison de réglementations plus strictes, d'un espace limité pour la construction et de coûts plus élevés.
Lorsque l'on évoque la construction résidentielle en Suisse, il est indéniable que certains lieux se démarquent nettement des autres, tant en termes d'activité actuelle que de projections futures.
Zurich continue de mener la course, renforçant sa position de chef de file dans le secteur de la construction. Plusieurs zones de la périphérie zurichoise, telles que Schlieren, Affoltern am Albis et Egg, en sont des exemples frappants. Ces régions ont connu une transformation rapide, passant de zones principalement suburbaines à des pôles d'attraction pour de nouveaux développements résidentiels et commerciaux.
Schlieren, autrefois connu pour son industrie, est aujourd'hui un pôle d'innovation avec une croissance rapide dans le secteur technologique. Cela, combiné à une excellente connectivité grâce au réseau de transports en commun, en fait un lieu de choix pour de nouveaux projets résidentiels.
Affoltern am Albis présente une charmante combinaison de nature et d'accès urbain, attirant de nombreux professionnels qui cherchent un équilibre entre la vie en ville et une atmosphère plus tranquille. Les futurs projets prévus dans cette région chercheront sans doute à capitaliser sur cette dynamique unique.
Egg, quant à elle, avec ses paysages pittoresques et sa proximité avec Zurich, attire à la fois des familles et des investisseurs. La demande accrue a donné lieu à plusieurs projets résidentiels, faisant d'Egg un point chaud pour les développements à venir.
À l'inverse, la Suisse romande montre des signes d'essoufflement. Lausanne et Genève, bien qu'ayant été des piliers de la construction résidentielle pendant de nombreuses années, sont confrontées à divers défis. Le manque d'espace disponible pour de nouveaux projets, les préoccupations environnementales, et les coûts élevés sont autant de freins à leur expansion. Les projections suggèrent que le rythme de la construction pourrait ralentir dans ces régions, laissant place à une approche plus mesurée et durable.
Alors que Zurich et ses environs semblent être en plein essor, d'autres régions du pays adoptent une démarche plus réfléchie. Seul l'avenir dira comment ces projections se réaliseront, mais une chose est sûre : la cartographie de la construction résidentielle en Suisse est en constante évolution.
L'une des préoccupations majeures qui émerge du paysage immobilier suisse est l'écart croissant entre l'offre et la demande en matière de logements. Alors que la Suisse est reconnue pour son niveau de vie élevé, sa stabilité économique et son marché du travail dynamique, elle est désormais face à un défi de taille : répondre aux besoins résidentiels de sa population croissante.
En 2022, l'accroissement du nombre de ménages en Suisse a été estimé à 1,1%. Cependant, le rythme auquel de nouveaux logements ont été mis sur le marché n'a pas suivi cette tendance ascendante. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène.
L'immigration en est un acteur majeur. La Suisse, avec ses opportunités professionnelles attrayantes et sa qualité de vie, continue d'attirer une population étrangère considérable. Bien que l'immigration soit un moteur de croissance économique, elle exerce également une pression sur le marché immobilier. Le marché locatif, en particulier, ressent cet impact avec une demande en forte hausse pour des appartements à louer.
La régulation du marché immobilier et les restrictions foncières ont également joué un rôle dans la limitation de la construction de nouveaux logements. Les zones à bâtir sont souvent restreintes, et les processus d'approbation pour de nouveaux projets peuvent être longs et complexes. Cela retarde non seulement la mise sur le marché de nouveaux logements, mais cela peut aussi augmenter les coûts de construction.
L'évolution démographique interne est également à prendre en compte. La taille des ménages suisses tend à diminuer, avec de plus en plus de personnes vivant seules ou en couples sans enfants. Cela signifie que même si la population augmente moins rapidement, le nombre de logements nécessaires peut croître de manière disproportionnée.
Le secteur de la construction en Suisse est confronté à un ensemble complexe de défis qui entravent sa capacité à répondre aux besoins résidentiels croissants. Plusieurs de ces défis ont été exacerbés par des circonstances récentes, notamment la pandémie mondiale. Analysons plus en détail ces obstacles.
La Suisse, avec ses montagnes, ses lacs et ses zones protégées, a une superficie limitée pour la construction. Cette situation géographique unique, associée à des réglementations strictes en matière d'aménagement du territoire, a entraîné une pénurie de terrains constructibles. De plus, l'attrait touristique de certaines régions a aussi engendré des conflits d'utilisation entre résidences secondaires et principales.
Face à la pénurie de terrains, la densification urbaine est souvent considérée comme une solution viable pour répondre aux besoins en logement. Cependant, les projets de densification peuvent se heurter à des résistances, que ce soit de la part des habitants locaux préoccupés par la préservation du caractère de leur quartier, ou en raison de réglementations complexes.
La pandémie a provoqué des perturbations majeures dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, conduisant à une hausse des coûts des matériaux de construction. Bien que certaines matières premières aient connu des baisses de prix, d'autres, comme le bois ou certains métaux, ont vu leurs prix s'envoler. Ces coûts supplémentaires sont souvent répercutés sur le consommateur final, rendant le logement encore moins abordable.
La Suisse a également été confrontée à une pénurie de main-d'œuvre qualifiée dans le secteur de la construction. Les restrictions de voyage pendant la pandémie ont limité l'accès aux travailleurs étrangers, qui jouent un rôle crucial dans de nombreux chantiers.
Si elles sont essentielles pour garantir une construction durable et respectueuse de l'environnement, les normes écologiques peuvent également ajouter des coûts supplémentaires aux projets. Les réglementations en matière d'efficacité énergétique, par exemple, bien que bénéfiques à long terme, peuvent augmenter les coûts initiaux.
Face à ces défis, le secteur de la construction suisse doit innover et trouver des solutions adaptées pour répondre aux besoins urgents en matière de logement tout en respectant les normes écologiques et les attentes des citoyens.
L'architecture du paysage immobilier suisse est aussi complexe que ses montagnes et ses vallées. Malgré une économie robuste et une demande croissante de logements, le secteur de la construction fait face à une myriade de défis. De la densification urbaine à la pénurie de terrains disponibles, en passant par les coûts croissants des matériaux et la pression démographique, chaque aspect du marché immobilier suisse est influencé par une combinaison unique de facteurs locaux et mondiaux.
Zurich se présente comme un exemple de réussite, alliant innovation et croissance. En revanche, d'autres régions, comme la Suisse romande, sont confrontées à des défis plus pressants en termes de disponibilité des terrains et de coûts de construction.
La pandémie a exacerbé certains de ces défis, notamment en perturbant les chaînes d'approvisionnement et en augmentant les coûts. Mais elle a également mis en évidence la nécessité d'une réflexion plus approfondie sur la manière dont les villes et les paysages se développent.
Alors que la Suisse navigue dans ces eaux complexes, une chose est claire : une planification judicieuse, une réglementation équilibrée et des innovations constantes seront essentielles pour garantir que le secteur de la construction puisse répondre aux besoins de la population tout en préservant la beauté naturelle et l'intégrité écologique du pays. Dans ce puzzle complexe, chaque pièce, qu'il s'agisse d'une autorité locale, d'un promoteur, d'un investisseur ou d'un citoyen, jouera un rôle crucial pour définir l'avenir du paysage immobilier suisse.
Source : UBS