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 |  R. CHAMAT | OAKS GROUP

Le marché résidentiel suisse confirme sa trajectoire haussière !

Le premier trimestre 2026 ne marque pas une rupture. Il confirme une trajectoire, mais surtout une évolution plus discrète dans la manière dont le marché résidentiel suisse se comporte. 

Les prix progressent — +4.1% pour les appartements, +2.8% pour les maisons individuelles sur douze mois — dans un environnement où l’inflation reste marginale à +0.1%. Autrement dit, la hausse est pleinement réelle. Elle ne repose ni sur un effet monétaire, ni sur une expansion artificielle de la valeur. Dans la pratique, ce type de configuration impose de regarder ailleurs que dans les seuls niveaux de prix. 

Ce qui se joue ici est plus structurant : la croissance ne se concentre plus, elle se diffuse. Les équilibres géographiques évoluent, les arbitrages des acquéreurs aussi. Ce déplacement est rarement spectaculaire. Mais il engage une lecture différente du marché, plus exigeante, plus attentive aux signaux de fond qu’aux variations visibles.

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Un contexte qui bascule : diffusion géographique de la croissance

 

Pendant plusieurs cycles, la croissance s’est concentrée sur quelques zones dominantes. Ce schéma se dilue progressivement.

 

Ce trimestre, la dynamique se déplace clairement vers des marchés périphériques. Les régions comme le Valais, les Graubünden, Neuchâtel ou Fribourg prennent le relais.

 

Concrètement, cela se traduit par des progressions trimestrielles marquées dans des zones jusqu’ici secondaires :

 

  • Sion : +2.3%
  • Neuchâtel : +1.8%
  • Fribourg : +1.6%

 

À l’échelle cantonale :

 

  • Graubünden : +2.7%
  • Valais : +2.1%
  • Basel-Stadt : +2.0%

 

Dans le même temps, les marchés historiquement dominants restent positifs mais plus contenus :

 

  • Schaffhausen : +0.3
  • Zürich : +1.0%
  • Lugano : +1.2%

 

Sur le terrain, cela traduit un report clair de la demande. Les centres restent attractifs, mais une partie des acquéreurs se repositionne vers des zones offrant encore des points d’entrée accessibles.

 

 

Appartements : une hausse généralisée, sans exception

 

Le segment des appartements confirme cette diffusion.

 

La progression ne se limite pas à quelques marchés. Elle est généralisée à l’ensemble du territoire. Chaque grande agglomération, chaque canton affiche une évolution positive.

 

Ce type d’uniformité est rare.

 

Dans l’exécution réelle des transactions, cela modifie profondément la perception du risque. Il devient difficile d’identifier des zones clairement en retrait. Le marché gagne en homogénéité.

 

Cette dynamique s’appuie sur plusieurs facteurs simultanés :

 

  • une demande soutenue,
  • une accessibilité relative encore préservée comparée aux maisons,
  • des arbitrages géographiques plus assumés.

 

Ce choix n’est pas neutre. Il renforce le rôle des appartements comme segment central du marché résidentiel actuel.

 

 

Maisons individuelles : une progression réelle mais plus contrainte

 

Les maisons individuelles progressent de +0.7% sur le trimestre et de +2.8% sur douze mois.

 

Le rythme reste sain, mais il est inférieur à celui des appartements pour le troisième trimestre consécutif.

 

Dans la pratique, cet écart se creuse.

 

Certaines régions restent dynamiques :

 

  • Genève : +1.4%
  • Neuchâtel : +1.2%
  • Luzern : +1.2%

 

À l’échelle cantonale :

 

  • Graubünden : +1.9%
  • Aargau : +1.4%
  • Vaud : +1.3%

 

Mais la lecture devient plus nuancée.

 

Lugano enregistre une variation négative de -0.2%, signal isolé mais révélateur d’un marché plus sensible localement.

 

Sur le terrain, l’explication est claire. L’accès à la maison individuelle devient plus exigeant :

 

  • niveaux de prix élevés,
  • contraintes de financement,
  • rareté du foncier.

 

Cela se traduit par un marché plus sélectif, moins homogène.

 

 

Offre et demande : un déséquilibre qui persiste malgré les signaux positifs

 

L’un des points les plus structurants concerne le décalage entre perception et réalité de l’offre.

 

Les indicateurs de construction progressent :

 

  • plus de 52 000 logements autorisés en 2025, contre environ 41 000 en 2023
  • indice de construction résidentielle en hausse de +6% sur un an
  • reprise d’environ +8% depuis le point bas de fin 2024

 

Sur le papier, ces chiffres traduisent une amélioration nette.

 

Dans la réalité opérationnelle, l’impact est différé.

 

Le délai entre autorisation et livraison dépasse souvent plusieurs trimestres, parfois plus d’un an pour les projets importants. Les volumes autorisés en 2025 alimenteront l’offre future, pas celle disponible aujourd’hui.

 

Concrètement, la tension immédiate reste intacte.

 

Côté demande, les indicateurs confirment cette pression :

 

croissance démographique en 2025 :

 

  • Basel-Stadt : +1.37%
  • Valais : +1.26%
  • Genève : +1.08%
  • Aargau : +1.05%
  • Vaud : +0.97%

 

  • demande pour les appartements en propriété : +4.3% en 2025
  • stock d’annonces : passage de 42 000 à moins de 40 000 par trimestre

 

L’équation est directe : plus d’acheteurs, moins de biens disponibles.

Ignorer ce déséquilibre revient à sous-estimer la pression réelle sur les prix.

 

Transactions : une reprise mesurée mais significative

 

L’activité transactionnelle confirme une sortie progressive de la phase de correction.

 

  • +5% en 2025
  • +2% en 2024
  • après -13% en 2022 et -20% en 2023

 

Sur les douze derniers mois, la hausse atteint environ +4.7% en glissement annuel.

 

Dans la pratique, cela reste un marché en reprise, pas un marché en surchauffe.

 

Ce point est déterminant.

 

Les prix augmentent sans emballement des volumes. Il n’y a pas d’euphorie, pas d’excès de rotation. La hausse repose sur la rareté, pas sur la spéculation.

 

Cette configuration est plus exigeante, mais aussi plus robuste.

 

 

Financement : un soutien toujours exceptionnel

 

Le cadre de financement reste un pilier central.

 

  • taux directeur : 0.0%
  • inflation : +0.1%
  • taux hypothécaire fixe 10 ans : ~1.4%
  • rendement des obligations fédérales 10 ans : ~0.4%

 

Dans l’exécution concrète, cela maintient :

 

  • des hypothèques SARON très basses,
  • des taux fixes accessibles,
  • une capacité d’emprunt préservée.

 

Ce soutien est direct. Il permet d’absorber une partie de la hausse des prix.

 

Mais ce choix engage. Une dépendance forte aux conditions de financement implique une sensibilité accrue à tout changement macroéconomique.

 

 

Cadre macroéconomique : stabilité sans accélération

 

Le contexte économique reste équilibré :

 

  • croissance du PIB attendue en 2026 : +1.0%
  • inflation anticipée : entre +0.4% et +0.5%

 

Ce cadre ne crée pas d’impulsion forte, mais il ne freine pas le marché.

 

Dans la pratique, cela limite les excès tout en maintenant une base solide.

 

Un élément supplémentaire intervient : le contexte géopolitique. L’incertitude internationale renforce l’attractivité de la Suisse comme valeur refuge, notamment pour les marchés de premier plan et le segment haut de gamme.

 

 

Lecture stratégique : une hausse structurelle, pas conjoncturelle

 

Les données du trimestre ne signalent pas une accélération.

 

Elles confirment une transformation.

 

La hausse actuelle repose sur trois piliers clairement identifiables :

 

  • rareté de l’offre immédiate,
  • diffusion géographique de la demande,
  • conditions de financement favorables.

 

Considérer cette dynamique comme temporaire conduit à attendre. La considérer comme structurelle impose d’intégrer une réalité plus contraignante : les points d’entrée deviennent progressivement plus exigeants.

 

À moyen terme, l’arrivée des projets autorisés — plus de 52 000 logements en 2025 — devrait atténuer la pression. Mais cet effet sera progressif.

À court terme, le déséquilibre persiste.

 

 

Projection 2026 : une progression maîtrisée autour de +3.0%

 

Dans ce contexte, une lecture cohérente du marché conduit à une projection mesurée :

 

  • marché résidentiel global : +3.0% en 2026
  • avec une différenciation claire :
  • appartements : +3.5% à +4.0%
  • maisons individuelles : +2.5% à +3.0%

 

Les facteurs de soutien restent dominants, mais les contraintes — accessibilité, croissance économique modérée, dynamique démographique — limitent toute dérive.

 

 

Conclusion

 

Le marché résidentiel suisse ne montre pas de signes d’emballement. Il montre autre chose.

 

Dans la pratique, les prix progressent de +4.1% pour les appartements et +2.8% pour les maisons, dans un environnement d’inflation à +0.1%, avec des volumes en reprise de +4.7% et une offre immédiate toujours contrainte malgré 52 000 logements autorisés.

 

Ce ne sont pas des signaux spectaculaires. Ce sont des signaux cohérents.

 

Et c’est précisément cette cohérence qui rend la trajectoire actuelle crédible sur la durée.



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