30 octobre 2026 — Ramzi Chamat
Mise à jour éditoriale :
Logement en Suisse : la demande invisible des ménages qui ne se créent pas

Un logement qui manque, ce n’est pas seulement une annonce absente d’un portail immobilier. C’est parfois un départ du domicile familial remis à plus tard, un couple qui reporte son installation ou une colocation qui se prolonge faute d’alternative. Cette demande existe, même lorsqu’elle ne se traduit pas par un nouveau ménage dans les statistiques.
Selon une estimation de Wüest Partner rapportée par Le Temps le 29 octobre 2026, la Suisse aurait compté 20 000 à 30 000 ménages supplémentaires entre 2023 et 2025 si le rythme de formation observé entre 2013 et 2022 s’était maintenu. Ce chiffre est une estimation comparative, pas le décompte de dossiers de location refusés ni celui de personnes sans domicile.
Il invite surtout à changer la question : au lieu de regarder uniquement combien de ménages se sont installés, il faut aussi se demander combien auraient souhaité le faire.
Un besoin qui disparaît des statistiques, pas de la vie quotidienne
La population et le nombre de ménages ne progressent pas mécaniquement au même rythme. Deux adultes qui vivent chez leurs parents sont déjà comptés dans la population. Leur installation dans un appartement indépendant peut créer un ménage supplémentaire sans ajouter un seul habitant au pays.
Prenons un exemple fictif : une personne dispose d’un emploi et souhaite quitter le domicile familial, mais ne trouve aucun appartement compatible avec son budget et ses déplacements. Tant qu’elle reste chez ses parents, son projet ne devient pas un ménage distinct. Une offre accessible peut débloquer ce projet ; une offre trop chère ou trop éloignée peut le laisser en suspens.
C’est la différence entre une demande effectivement réalisée et une demande latente. Attention toutefois à ne pas assimiler toute cohabitation à une contrainte : vivre en famille ou en colocation peut aussi relever d’un choix.
Pourquoi construire davantage ne signifie pas une détente immédiate
Dans l’étude relayée par Le Temps, Wüest Partner prévoit une augmentation nette du parc suisse d’environ 45 000 logements en 2026 et 50 000 en 2027. Il s’agit de prévisions nationales, non de logements déjà livrés ou d’objectifs propres à Genève.
Une partie de cette offre pourrait permettre à des ménages jusqu’ici empêchés de se constituer de trouver enfin un logement. Le nombre de ménages augmenterait alors avec la disponibilité des appartements. Comparer les nouvelles constructions aux seules créations récentes de ménages risque donc de sous-estimer les besoins.
Cela ne rend pas la construction inutile, bien au contraire : permettre une installation jusque-là impossible est déjà un résultat concret, même si les loyers ne baissent pas immédiatement. L’effet sur les prix dépendra aussi de la localisation, des budgets, des caractéristiques des logements et de l’évolution de la demande.
À Genève, raisonner en logements accessibles, pas seulement en unités
Le constat national ne permet pas de chiffrer directement le nombre de ménages empêchés de se former dans le canton. Il fournit néanmoins une grille de lecture utile pour examiner un programme résidentiel :
- Le budget total : le loyer ou le prix affiché ne suffit pas ; charges et coûts de déplacement comptent dans l’arbitrage.
- La typologie : surface, distribution et nombre de pièces doivent correspondre aux usages des ménages visés.
- La localisation : un logement disponible loin des emplois ou mal relié aux transports n’offre pas la même solution au quotidien.
- Le calendrier : une intention de construire ne répond pas encore au besoin d’un ménage qui cherche à s’installer maintenant.
Pour un projet immobilier, l’enjeu n’est donc pas de déduire de la pénurie que toute offre trouvera preneur à n’importe quel prix. Il est de vérifier à quels ménages le projet permettra réellement d’accéder à un logement, dans quelles conditions et à quelle échéance.
Ce que cette lecture change
La demande latente rappelle que les statistiques décrivent aussi les contraintes du marché. Un ralentissement de la formation des ménages ne traduit pas nécessairement une diminution des envies d’indépendance ou des besoins résidentiels.
Une analyse solide doit croiser les ménages déjà constitués, les projets d’installation différés et la capacité financière des futurs occupants. Pour découvrir les opérations présentées par OAKS, consultez nos promotions immobilières à Genève.
Source et périmètre
Analyse originale à partir de l’article d’Alexandre Beuchat, « Pourquoi la pénurie de logements empêche des milliers de ménages de se former », Le Temps, publié le 29 octobre 2026. Les estimations et prévisions de Wüest Partner sont citées telles que rapportées dans cet article, sans vérification indépendante de l’étude complète. Les implications pour les projets immobiliers relèvent de notre analyse ; l’exemple est fictif. Illustration générée par IA, ne représentant aucun projet réel.
Questions fréquentes
Les 20 000 à 30 000 ménages correspondent-ils à autant de logements vacants manquants ?
Non. Il s’agit d’un écart estimé de formation des ménages par rapport à une tendance passée, pas d’un inventaire de logements vacants ni d’un objectif de construction directement applicable à chaque canton.
Construire davantage peut-il malgré tout améliorer la situation ?
Oui. De nouveaux logements adaptés aux besoins et aux budgets peuvent permettre des installations jusque-là reportées, sans entraîner nécessairement une baisse immédiate des loyers.
Quel indicateur regarder avant de développer un projet ?
Aucun chiffre isolé ne suffit. Il faut rapprocher la demande locale, les budgets, les typologies recherchées, les logements disponibles et les livraisons attendues.




